Babelio : l'avis des lecteurs

 





Oubliez les polars de ponton et les brises légères. Avec de mer et de sang, Jean-Marie Biette signe un thriller maritime d'une noirceur abyssale et d'une efficacité redoutable. Ce n'est pas une simple histoire de piraterie, c'est une plongée en apnée dans les eaux troubles de la mémoire, de la survie et de la haine pure.

Au centre de ce maelström, une famille nantaise liée à l'océan par toutes ses fibres.
Il y a Pepe, le patriarche, vieux loup de mer au cuir tanné par les embruns et les regrets, et Esteban, 15 ans, l'avenir de la lignée, encore innocent. Entre eux, le silence lourd des drames passés qui pèse sur la famille restée à quai.

Ce voyage dans les Caraïbes devait être celui de la transmission, de la réconciliation. Il devient le théâtre d'une tragédie absolue lorsque la nuit noire et les vagues déchaînées d'Haïti vomissent des monstres en armes. Esteban est arraché aux siens. Pepe est abandonné à l'océan, censé nourrir les requins.

Jean-Marie Biette excelle à nous faire ressentir la terreur physique.
Les dangers ne sont pas seulement humains.
Les océans se déchaînent, de l'Atlantique aux côtes d'Amérique du Sud, devenant des pièges mouvants où la tempête fait écho à la violence des hommes. Face à Pepe, survivant miraculeux et obsédé par une rage viscérale, se dresse l'un des cartels de la drogue les plus impitoyables de Colombie.
Ces hommes n'ont aucune pitié, aucun code, si ce n'est celui de la terreur et du profit. On tremble à chaque seconde pour le jeune Esteban, jeté au milieu de cette faune sanguinaire, obligé de s'endurcir en quelques heures pour ne pas sombrer.

Mais la véritable force de ce récit haletant réside dans son terrible secret. Pourquoi Esteban ? Pourquoi cette famille ? Ce n'est pas un kidnapping aléatoire pour une rançon. C'est l'exécution minutieuse d'une sentence suspendue dans le temps. le dicton affirme que « la vengeance est un plat qui se mange froid », ici, elle est glacée, conservée depuis les heures les plus sombres de la guerre civile d'Espagne.

Les cartels ne sont que le bras armé d'une vieille haine transgénérationnelle. Une faute commise autrefois par l'aïeul de Pepe, une trahison politique et humaine qui a traversé les décennies, traversé l'Atlantique, pour venir frapper l'innocence même, le petit-fils. C'est le passé qui réclame son dû de sang, un siècle plus tard.

De mer et de sang se lit la gorge nouée. le rythme est calqué sur les pulsations d'un coeur en plein effroi.
Jean-Marie Biette réussit le tour de force de lier le souffle du grand roman d'aventure maritime à la tension psychologique d'une vendetta historique. Un livre dont on ressort trempé de sueur et d'eau salée, profondément marqué par cette traque obsessionnelle où la rédemption se paie au prix fort.




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